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Derrière l’objectif: Moment suspendu à Tangassogo

Intro

Dans la catégorie « Derrière l’objectif », les histoires qui se cachent derrière l’objectif de nos appareils photo sont mises en avant. Bien souvent, il se passe beaucoup de choses lorsque vous capturez un instant, que cela soit autour de vous ou bien dans vos pensées. Le but de cette rubrique est de créer un peu plus de profondeur. Aujourd’hui nous avons le plaisir de vous présenter un article écrit par Lise Labdant, créatrice de Good Morning Voyage. Non seulement ses photographies vous donnent envie de voyager mais sa plume vous amène dans un voyage imaginaire. Par conséquent, il nous paraissait évident de lui proposer de figurer dans cette section de notre blog.
Bienvenue au Burkina Faso.


Derrière l'objectif - Moment suspendu à Tangassogo - Good-Morning-Voyage_Burkina

Moment suspendu à Tangassogo

J’écarte le rideau rayé et je suis aveuglée par un flot de lumière blanche. Je quitte à tâtons la pénombre de la case et retrouve l’air libre et chaud. Dehors les femmes ont installé des poteries et des objets sculptés au pied des habitations traditionnelles.

Nous sommes à Tangassogo. Cela fait 3 jours que nous avons foulé le sol du Burkina Faso et roulé sur les pistes poussiéreuses du sud.

Premiers pas dans le monde rouge et vert de l’Afrique de l’Ouest.

J’ai touché mon rêve, je suis en Afrique. Pas exactement celle que j’ai lue dans les livres de Joseph Kessel et d’Ernest Hemingway, mais elle est là, sous mes yeux, l’Afrique rêvée et réelle.

Sous le soleil brûlant, nous observons l’artisanat déployé pour nous au milieu du village et écoutons les explications d’Arnaud, notre guide bienveillant.

En retrait, séparées par un muret lisse et sinueux, deux jeunes filles s’installent. La plus petite s’assoit aux pieds de l’autre. Elle courbe la nuque. Je m’approche, je me demande ce qu’elles font.

En arrière-plan me parviennent des bribes de conversation entre Arnaud et les autres. Mais je me trouve dans une bulle temporelle différente. Je me suis extraite de la visite. Je suis aspirée toute entière dans ce décor rouge et noir où le sol brun se prolonge en murs ornés de motifs géométriques, symboles protecteurs ou illustrations de la vie quotidienne.

A ses oreilles, deux anneaux lancent des éclairs dorés dans ma direction.

La plus jeune fixe le sol, sa robe fuchsia comme un bonbon. Je me souviens apercevoir plus tôt cette même étoffe flotter dans les ruelles et s’évanouir à notre approche. Des bracelets assortis tintent délicatement à son poignet. Sur ses jambes de longs fils noirs torsadés qui attendent d’être entrelacés.

Sous les doigts habiles, les cheveux denses et courts se transforment en une tresse régulière et serrée, sur laquelle le soleil vient glisser des reflets d’argent. Elle relève la tête et ses yeux sombres et graves me fixent.

Je les regarde.

Elles me regardent.

Nous sommes toutes les trois intimidées.

Par gestes je leur demande si je peux les photographier. Elles hochent la tête.

Je tente de trouver le meilleur angle, celui qui les mettra en valeur et soulignera l’architecture singulière de leur village. J’aime réaliser des portraits des gens que je rencontre dans l’environnement qui leur est propre. Essayer de raconter leur histoire particulière, glisser des indices de leur quotidien.

Elles suspendent leurs mouvements. Je déclenche deux fois. Je sais que la photo est là. Je baisse mon appareil.

Je leur montre l’image sur l’écran. Je regrette de ne pas avoir emmené mon Polaroid pour leur laisser un souvenir. Elles sourient. Nous nous regardons sourire. Elles reprennent leur ouvrage.

Je voudrais échanger plus qu’un cliché avec elles mais je n’ose franchir le muret courbe qui sépare nos deux mondes. On m’appelle au loin, je dois rejoindre les autres. Ma bulle éclate. La vie reprend son cours à Tangassogo.


Nous espérons que cet article vous a plu et vous a permis de vous évader quelques minutes. Vous pouvez retrouver ici tous les récits relatant les histoires qui se cachent derrière l’objectif de nos appareils photo.

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écrit par Paulyne en collaboration avec Lise Labdant

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